Articles

Rencontre avec Vladimir Alenikov

Comme d´autres festivals de films, Filemon permet de découvrir des oeuvres peu ou pas montrées sur nos écrans. Cest aussi l´occasion de rencontrer les créateurs, venus défendre leurs films devant le public. Vladimir Alenikov a fait le voyage depuis Moscou, pour nous parler de son dernier opus, totalement inédit chez nous.

Vladimir Alenikov nest pas un débutant. Il a réalisé une quinzaine de films long-métrages, des court-métrages, des documentaires Il est aussi scénariste et écrivain. Il a étudié la philologie française à l´Université de Leningrad, langue française qu´il n´a pas oublié. Chez nous, aucun de ses films n´a encore été distribué. Invité par le Festival de films pour enfants Filemon, il venait présenter La Guerre de la Princesse , son dernier film. C´était l´occasion de rencontrer un créateur à découvrir.

Vous étiez jadis classé comme cinéaste underground. Cétait quoi le cinéma underground soviétique ?

A l´époque de l´URSS, l´Etat avait le monopole aussi sur la production cinématographique. Je suis un des rares qui a fait des films avec des acteurs connus, mais sans l´aide de l´Etat. De plus, mon style était très différent du style officiel, le réalisme socialiste, mes films avaient un style plus poétique que réaliste. Tout ce qui nentrait pas dans la ligne officielle était underground.

En Russie, vous êtes très connu comme le créateur des personnages de Petrov et Vasechkine .

Des spectateurs russes sont venus à la séance ici à Bruxelles parce qu´ils me connaissaient pour cette série pour les jeunes, très populaire en Russie, toujours diffusée à la télévision on a fêté le trentenaire cette année. Des scientifiques ont même nommé une étoile du nom de mes personnages Jai aussi réalisé la dernière comédie musicale soviétique, Le charretier et le roi , inspiré de récits du grand écrivain Isaac Babel, autour dun bandit légendaire et romantique. Suite à cela, jai été invité aux Etats-Unis.

On ne voit plus beaucoup les films russes sur nos écrans. Le cinéma russe n´est plus exportable ?

La qualité de la production a beaucoup baissé depuis la fin de l´URSS. Il ny a que quelques films que l´on peut qualifier d´artistiques. Le reste, cest du commercial, pour le marché interne.

Votre film La guerre de la princesse , présenté au festival Filemon, n´est pas à proprement parler un film pour les enfants.

C´est un film pour adultes, mais joué seulement par des enfants, et filmé à hauteur des enfants. Mais il est accessible pour des enfants à partir de douze-treize ans.

Le sujet du film est assez spécial : des enfants qui se livrent à une guerre des gangs, comme des adultes.

C´est une version moderne de l´histoire de Roméo et Juliette, sauf qu´ici, les deux enfants, une Russe et un Caucasien, n´appartiennent pas à deux familles, mais à deux bandes rivales. Je voulais voir : que se passe-t-il quand des enfants vivent la vie des adultes ? Une vie, malheureusement, de plus en plus violente. Ça se passe chaque jour à Moscou où j´habite, quelqu´un se fait tuer. Ça devient banal. En particulier de très jeunes gens, des adolescents. C´est un thème très actuel, non seulement pour mon pays, mais pour le monde entier.

Ce conflit fait référence symboliquement aux déchirements de la Fédération russe ?

Au début des années 90, avec les guerres dans le Caucase, des familles sont venues s´établir notamment dans de petites villes de la banlieue moscovite. Dans mon film, la polarisation est très forte : d´un côté les Russes, les locaux, et en face, une bande internationale, constituée autour des Caucasiens, les Abreks un terme désignant des bandits montagnards, qui sont de véritables héros pour les Tchétchènes.

Toute une histoire se noue autour d´un revolver. Vous aviez déjà consacré tout un film à ce thème il y a dix ans. C´est une obsession, les flingues ?

The Gun était un film semi-expérimental, en quinze plans-séquences et temps réel. On y suivait les aventures d´une arme transmise de main en main à plusieurs individus sans relation aucune. Cela s´inspirait de mon expérience au Etats-Unis. Le libre accès aux armes est très problématique dans ce pays, mais les Américains ne veulent pas y renoncer. J´ai dû fâcher beaucoup de monde avec ce film, il n´a été distribué qu´en DVD et montré sur les télés locales, mais pas en salles, sauf dans des festivals. En Russie, la situation empire, la vente et l´achat d´armes sont de plus en plus faciles.

La violence est toutefois tempérée par un humour assez décalé. Ce n´est pas un film noir

Mon film nest pas triste, il se conclut sur une note d´espérance, métaphorisée par la mer. Les enfants sont des petits singes ! Ils reproduisent ce qu´ils voient du monde des adultes. La fin de l´Union soviétique a libéré beaucoup de racisme dans la société russe. La fraternité, on a oublié ce mot-là. Autrefois, la fraternité comptait beaucoup. J´espère que mon film contribuera à plus de fraternité. Vous vous souvenez de West Side Story ? Mon film raconte un peu la même histoire. Quand West Side Story est sorti aux Etats-Unis, quelque chose a changé dans le pays. Un tout petit quelque chose.

  La gazette de Bruxelles




ARTICLES



HOMEBIOGRAPHYFILMOGRAPHYARTICLESBOOKSGUEST BOOKCONTACT
Created by Web39.RU
Web-Master Nikolay Nazorov